Bayo Olowoshile, Nigeria:
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Bayo Olowoshile
>:Secretaire General duSyndic |
Le CAL se répand et il s’impose de manière alarmante dans
les industries du pétrole et du gaz au Nigeria. Il comprend différentes
formes d’emplois précaires et parmi celles-ci les pires qui soient. Le
CAL ouvre la voie à des pratiques de travail injustes qui vont à
l’encontre du principe même de travail décent. Environ 60% de notre main
d’œuvre est constituée de travailleurs intérimaire ou en
sous-traitance. L’emploi traditionnel, permanent, est en déclin.
La question de la précarisation et de l’emploi temporaire est-elle un plus gros problème qu’auparavant?
La question est un plus gros problème au niveau du secteur du
pétrole et du gaz au Nigeria qu’il ne l’était auparavant en raison du
fait que les employeurs et le gouvernement considèrent que le CAL est
maintenant une réalité qu’on ne peut faire disparaître avec des vœux
pieux. Les syndicats n’ont donc d’autre option que de prendre à bras le
corps les effets pervers du CAL qui sont :
• Le recours à ces pratiques pour replacer l’emploi direct et permanent;
• De modifier de manière négative les formes et les conditions d’emploi,
d’éluder les responsabilités et obligations sociales que les employeurs
contournent grâce aux failles et inadéquations des législations
existantes;
• De fragiliser la base, la solidarité et la raison d’être des syndicats
et d’empêcher le recrutement syndical et la reconnaissance des
principes de négociation collective;
• Qu’il ouvre des brèches pour l’exploitation des travailleurs et en
particulier pour les entreprises qui visent à réduire les coûts et
grossir le profit au détriment et aux dépens de l’emploi;
• Qu’il augmente la discrimination sur le lieu de travail ainsi que le recours à des conditions d’emploi inéquitables;
• Qu’il met sérieusement en péril la capacité des syndicats à protéger la sécurité de l’emploi;
• Qu’il y a des conflits dans la définition des relations de travail et
des obligations des entreprises, en particulier lorsque ni la
législation, ni les agences chargées de l’application des
réglementations ne clarifient ces questions;
• Qu’en tant que facteur sous-jacent, la précarisation et l’emploi
temporaire sont un phénomène croissant en raison de la situation du
chômage. Les employeurs exploitent à leur profit le désespoir des
travailleurs à la recherche d’un moyen de subsistance.
Quelles sont les différences au Nigeria en ce qui concerne
les conditions de travail entre les travailleurs CAL et les travailleurs
permanents?
D’abord, les travailleurs temporaires et précarisés sont soumis à
des conditions qui ne sont pas en accord avec les conditions générales
de travail en vigueur dans le secteur du pétrole et du gaz. Là où les
travailleurs CAL ont de la chance et ont le droit de se syndiquer et de
négocier collectivement, le mandat pour la négociation d’une convention
collective est sérieusement limité par les contrats entre les agences et
les sous-traitants d’une part et l’utilisateur final d’autre part.
De plus, ces travailleurs ont peu ou prou de droits à la sécurité
sociale, aux pensions, à l’accès aux soins de santé ainsi qu’à la
protection en matière de santé, sécurité et environnement, non plus qu’à
tout ce que prévoient les Conventions fondamentales de l’OIT. Et pour
ne citer qu’un exemple, les Accords Cadres Mondiaux signés par les
Fédérations Syndicales Internationales, là où elles pourraient
fonctionner, ne sont pas mises à disposition ni applicables en ce qui
concerne les agences d’intérim et les sous-traitants.
Au Nigeria, toute négociation qui implique une convention collective
pour ces travailleurs est exposée à des plaintes, des conflits, des
menaces, des résistances et des actions de la part des syndicats, des
sous-traitants, des agences et des entreprises utilisatrices.
De quelle manière les syndicats soutiennent-ils principalement les travailleurs précaires, en sous-traitance et intérimaires?
C’est devenu une priorité d’avoir recours aux ressources et aux
mécanismes syndicaux pour mobiliser du soutien et s’opposer au déni qui
est fait aux travailleurs intérimaires et en sous-traitance de se
syndiquer et de négocier collectivement. Nous pratiquons ceci en
augmentant la sensibilisation par des mobilisations, des campagnes, des
actions de solidarité, des protestations, des meetings, des piquets, des
grèves, des actions auprès des media, de la médiation, de la
conciliation, des arbitrages et des recours en justice.
Il nous appartient maintenant de mettre en œuvre les stratégies de
syndicalisation et de négociation collective les plus efficaces et les
plus protectrices en faveur des travailleurs intérimaires et en
sous-traitance avec le soutien financier et logistique de notre Fonds de
Réserve Syndical de Solidarité et d’organisations telles que l’ICEM, la
Fondation allemande Friedrich-Ebert et le Solidarity Center américain.
Nous mettons en permanence en œuvre les résolutions, directives et
décisions syndicales dans le domaine des campagnes, du lobbying, des
luttes et des prises de position en ce qui concerne les questions liées
aux travailleurs intérimaires et en sous-traitance.
De quelle manière estimez-vous que la Campagne mondiale de
l’ICEM sur le CAL peux être utile et la plus efficace pour relever les
défis du CAL dans le secteur du pétrole et du gaz au Nigeria ?
La Campagne mondiale CAL de l’ICEM doit faire usage des ressources
et des mécanismes des organisations donatrices pour mobiliser et
s’opposer à la résistance par rapport aux droit le plus parfait des
travailleurs intérimaires et en sous-traitance à être syndiqués et à
négocier collectivement. L’ICEM doit susciter la conscientisation par
rapport à la situation engendrée par le CAL, par tous les moyens
possibles et elle doit, dans les faits, mettre en œuvre la Campagne par
le biais de la communication, des luttes et de l’évaluation et corriger
les failles et les manquements au niveau des stratégies de la campagne
mondiale.
Le PENGASSAN espère sincèrement que l’ICEM va se faire le
porte-parole des politiques et du travail équitables et de législations
qui soient favorables aux travailleurs intérimaires et en sous-traitance
en faisant campagne en faveur des meilleures pratiques en matière
d’emploi et de condition de travail par rapport à cette grave
problématique.