30 Juillet 2010
Désireux d'écouler au plus vite la production de cuivre de la
mine de Cananea sur les marchés mondiaux, Grupo México négligerait-il la santé
et la sécurité des travailleurs sous contrat ? On pourrait le croire à la vue de
l'explosion du nombre des lésions et accidents du travail non déclarés au cours
des six mois qui ont suivi la réouverture de la mine de l'État de Sonora par la
police pour le compte de l'entreprise.
À la suite d'un accident survenu
le 16 juillet, dans lequel un travailleur contractuel a dû être hospitalisé
après une chute d'une hauteur de cinq mètres, la police militaire a sécurisé le
périmètre de l'hôpital, en interdisant totalement son accès. Lorsque des
dirigeants de la section 65 du Syndicat national, des travailleurs de la mine,
de la métallurgie et apparentés (SNTMMSRM) ont voulu apporter leur aide au
mineur blessé, ils ont été refoulés par "un soldat violent et arrogant," d'après
un témoignage.
Des travailleurs de Cananea affiliés à Los Mineros
affirment qu'il y a eu 20 accidents du même genre, avec des blessés, depuis que
la mine a rouvert à la suite de son occupation par l'armée le 6 juin. Mais ces
informations ne peuvent être confirmées, vu que les rapports de sécurité - s'il
en existe - ne sont jamais vérifiés. Ce manque de transparence dans un projet
minier d'une telle ampleur est une tache d'infamie pour Grupo México, pour les
ministères fédéraux du Travail et de l'Industrie et pour l'État de Sonora dont
les autorités ont déployé de grands efforts de conciliation.
La police fédérale violemment prendre le
contrôle à Cananea, 6 Juin
Photo - FIOM
Le comble de l'ironie est que Grupo México et la police
fédérale ont rouvert la mine de Cananea par la force le 6 juin, écrasant une
grève qui durait depuis 2007 pour des questions de santé et de sécurité.
Maintenant, ils foncent tête baissée, avec de la main-d’œuvre contractuelle
corvéable à merci, à un moment - le premier trimestre 2010 - où la demande
mondiale s'emballe.
Dans une interview accordée aux médias à la fin
juin, Isaac Lopez Arzola, le Directeur général de Mexicana de Cobre SA,
propriété de Southern Copper, filiale de Grupo México spécialisée dans
l'exploitation du cuivre et le service, a déclaré que 700 personnes travaillent
maintenant à la mine, toutes employées par des sous-traitants, sans lien avec
Grupo México ou Southern Copper. Leur nombre devrait passer à 1.700.
Sur
une stratégie d'investissement total de 2,8 milliards $, Grupo México ne
consacre que 114 millions à la remise en route de Cananea qu'elle veut réaliser
au plus vite pour le premier trimestre 2011 pour profiter du maintien des cours
élevés du cuivre. De son côté, Southern Copper va doubler sa production mondiale
de cuivre sur quelques années pour devenir le numéro trois mondial du secteur.
Avec les cours du cuivre qui ont doublé début 2010 par rapport à 2009,
et considérant que chaque progression de 1% du prix du cuivre correspond à une
hausse estimée à 1,3% du cours du titre Grupo México, pourquoi l'entreprise
devrait-elle se soucier de la sécurité ou des lésions subies par le personnel
extérieur ?
Cela semble inutile, sauf qu'il faut les faire cerner par
des militaires pour les empêcher de parler.